samedi 28 février 2009

Nég mawon!



Le marronnage fut une des principales résistances à l’esclavage. Des esclaves quittaient la plantation (aussi appellée "habitation") où ils travaillaient et partaient vivre dans les montagnes couvertes de forêts de l’intérieur des terres. On les désigna sous le nom de "nègres marrons" ou, tout simplement, "marrons".
De petites communautés se formaient ainsi. Les hommes chassaient tandis que les femmes cultivaient la terre par brûlis. Des raids étaient parfois lancés sur les plantations pour se procurer de la nourriture ce qui faisait généralement détester les marrons des autres esclaves.

Les autorités tentèrent d’endiguer ce phénomène de plusieurs manières. Ainsi, le Code Noir préconisait une série de peines allant de la mutilation à la mort suivant le nombre de tentatives de fuites de l’esclave.
Des expéditions de chasses aux esclaves et parfois des unités de chasseurs d’esclaves furent mises sur pied mais sans grand résultat, les gouverneurs locaux manquant souvent de moyens.

Comme souvent, un compromis finit par être trouvé : les nègres marrons n’étaient pas inquiétés mais ils s’engageaient, en contrepartie, à ne plus accueillir d’esclaves en fuite ou à ramener à leurs propriétaires les esclaves qui les auraient rejoint.

Le marronnage en Jamaïque:

Le phénomène du marronnage fut particulièrement important en Jamaïque. Lors de l’invasion de l’île par les anglais en 1655, les espagnols libérèrent leurs esclaves avant de prendre la fuite. Ces derniers gagnèrent l’intérieur montagneux de l’île et y formèrent de véritables communautés indépendantes, la plus célèbre étant Nanny Town, à l’est de l’île, bâtie au sommet d’une falaise de 900 pieds dominant le Rio Grande. Au fil des ans, ils furent rejoints par des esclaves fuyant les plantations anglaises mais les véritables problèmes arrivèrent lorsque la colonisation s’étendit vers l’intérieur des terres.
En 1690, des esclaves de la paroisse de Clarendon, au centre de l’île, se révoltèrent et s’enfuirent. Pendant 40 ans, ces « marrons anglais » et leur chef Cudjoe lancèrent des raids sur les plantations depuis leur repaire des montagnes. Ils devinrent rapidement des experts de la guérilla, tendant des embuscades aux miliciens envoyés à leur poursuite avant de disparaître dans la forêt. Armés de mousquet volés et de machettes, c’étaient des adversaires redoutables. Des sympathisants, parmi les esclaves des plantations leurs fournissaient des renseignements sur les déplacements ennemis.
En 1730, deux régiments réguliers furent envoyés sur l’île pour en finir avec les « marrons anglais ».

En 1734, Nanny Town était bombardée et les survivants des « marrons espagnols » se scindèrent en deux groupes. Le premier resta dans les Montagnes bleues à l’est sous la direction de Quao tandis que l’autre groupe partir rejoindre les hommes de Cudjoe à l’ouest.
La survie, là bas, fut difficile, les anglais ayant bâti un ensemble de postes fortifiés pour isoler la zone.
Les nègres marrons parvinrent néanmoins à briser l’encerclement et partirent vers l’ouest, dans une région particulièrement inaccessible, un chaos de roches couvert de forêts. Ils restèrent dans ce refuge imprenable jusqu’à ce qu’un traité de 1739 leur donne leur autonomie en contrepartie de quoi ils s’engageaient à capturer les esclaves en fuite.


Le marronnage à la Martinique:

La Martinique eut aussi de grosses communautés de marrons. Pendant toute la période où l’île fut divisée en deux, entre colons français et indiens caraïbes, de nombreux esclaves tentèrent de s’enfuir pour rejoindre les indiens. Si certains trouvèrent la liberté, d’autres furent réduits en esclavage ou vendus aux espagnols.
En 1654, le fort de Saint-Pierre, principale ville de l’île fut assiégé par deux mille indiens assistés de plusieurs dizaines de nègres marrons. La ville allait tomber lorsque l’arrivée de quatre navires hollandais dans le port apporta aux colons des renforts et des canons qui leur permirent de repousser leurs adversaires.
Dans les années qui suivirent, 300 à 400 esclaves marrons, par groupe de 25, lancèrent des raids sur les plantations pour s’emparer de vivres sans faire de victimes. Le gouverneur De Clodoré forma une « compagnie de chasseurs des bois » qu’il lança à leurs trousses pendant trois semaines « sans autre fruit que la prise de cinq ou six pauvres nègres plus mal en pieds que les autres ».


Les esclaves étaient commandés par Francisque Fabulé, un colosse d’une force herculéenne qui déjouait toutes les manœuvres des chasseurs des bois. En désespoir de cause, les autorités promirent des primes à qui capturerait les esclaves, ce qui en favorisa la « chasse ». Fabulé fit alors savoir au gouverneur qu’il abandonnait la lutte si on lui promettait la liberté et le versement des primes. De Clodoré ayant accepté, Fabulé se rendit et livra quelques uns de ses compagnons. Il indiqua aussi les cachettes des autres groupes de marrons, ce qui permit la capture d’un grand nombre d’entre eux.
Il se mit ensuite au service du gouverneur et commanda une troupe de chasseurs d’esclaves.
On le retrouve en 1666 à la tête d’une troupe d’esclaves recrutés pour repousser une attaque anglaise contre l’île. En 1671, il tenta d’organiser une fuite collective d’esclave. Il fut arrêté et condamné aux galères.


Les figurines sont issues de la gamme Pirates de FOUNDRY. Il existe deux packs de marrons auquels j'ai ajouté des pirates avec hallebardes (convertis) et tous les pirates noirs de la gamme qui pouvaient passer pour des esclaves marrons.

Timur et moi sommes en train de travailler sur une bande de nègres marrons pour LEGENDS OF THE HIGH SEAS. Vous pouvez d'ailleurs voir la suite des aventures de Siab le Sanglant et de Timor le fourbe sur son blog:

http://carpatland.blogspot.com/

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Trsè bien. Même si je connaissais le terme, je n'avais pas connaissance de tous ces événements.
En plus, ça donne envie de jouer ;)

Stéphane

Matt a dit…

Very nice indeed! The number of figures you produce is very impressive as well.

Siaba a dit…

Thank you, Matt. But I have painted these figures back in 2000. They spent all those years in a box since I had no opportunities to play with them. I just based them today.

François a dit…

Bravo pour ton blog,

Des articles historiques toujours tres interessant à lire sur des sujets presque toujours inconnu.

Felicitations

Timur le lent a dit…

Effectivement, histoire passionnante... ton blog est une mine d'infos !

moipasfou a dit…

J'adore, on s'instruit et en plus cela donne envie de s'y mettre aussi

Nicofig a dit…

Article très intéressant. Bravo

Walktapus a dit…

Moi je voudrais bien avoir un article sur les zombies en Jamaïque :)

Siaba a dit…

C'est pas à Haiti, les zombies ?
;o)

Merci pour vos commentaires en tout cas. Il y aura d'autres article sur des sujets peu connus vu que c'est le genre de choses qui m'intéressent. :o)

Walktapus a dit…

Eh bien aun article sur les zombies en Haïti alors !! :)

Nicofig a dit…

OH non plus de zombies, il y en a partout. Cela prolifère ces trucs là. ;-)

el frances a dit…

Bravo Missié !!!! Très instructif (comme toujours)